Qu’est-ce que la préparation mentale ?

La préparation mentale mériterait la rédaction d’un ouvrage dédié pour pouvoir bien l’expliquer et comprendre ses mécanismes, ses ressorts, ses buts. Chaque préparateur mental a d’ailleurs sa propre sensibilité et pourrait donner une définition différente de cette discipline, mais l’idée finale resterait la même. Ce qui nous amène à préciser qu’il s’agit d’un domaine vivant, non figé puisque nous travaillons au contact de l’humain, même si la préparation mentale repose sur des techniques sérieuses expérimentées et mises en place par des professionnels de la psychologie. Ce qui est donc important c’est avant tout de comprendre l’idée.

Prenons l’exemple d’un sportif de haut niveau, même si, là encore, les pratiques sont tellement variées et les impératifs tellement vastes en fonction des sports, qu’il serait difficile de considérer cet exemple comme définitif et absolument représentatif du travail à effectuer. Mais partons de la situation d’un rugbyman ou d’un footballeur qui est sur le terrain du mois d’août au mois de juin avec un besoin de performer chaque weekend sur un évènement précis (le match). Les joueurs de ces équipes professionnelles sont prêts physiquement et suivent des entraînements techniques et tactiques de pointe avec leurs entraîneurs, mais, parfois, l’aspect mental est laissé en friche.

Pourtant, lors du match, cent choses peuvent venir perturber la bonne réalisation de l’action du joueur. Un manque de motivation peut intervenir. Un problème de confiance dans ses propres capacités. Une capacité à se concentrer fragilisée par le contexte (supporters, famille et amis dans les tribunes, style de l’adversaire). Un stress en lien avec les rapports humains au sein du collectif. Les problématiques sont aussi variées que les disciplines sportives ou les personnalités des athlètes. Mais la difficulté reste la même : le mental s’emballe, crée un problème, l’athlète n’est plus focalisé sur ce qu’il doit réaliser, et le cercle vicieux s’installe dépassant le cadre même du match puisque le souvenir d’une performance peu aboutie malgré une préparation qui semblait cohérente aura un impact sur la suite de l’histoire sportive du joueur (semaines d’entraînement à venir, prochains mois voire prochaines saisons).

Le rôle du préparateur mental est donc d’accompagner l’athlète, de comprendre avec lui son mode de fonctionnement psychologique, de faire un état des lieux, et de mettre en place des actions pertinentes avec l’application des techniques idoines pour affronter l’évènement avec plus de confiance. Pour ma part, j’estime que le préparateur mental et l’athlète forment un binôme qui doit avoir comme base la confiance mutuelle, et un objectif commun : permettre au sportif d’avoir une corde de plus à son arc pour performer.

Quelques idées reçues sur la préparation mentale…

  • « C’est mental. » Sans trop savoir définir ce terme, beaucoup de gens du sport (journalistes, techniciens, joueurs) l’utilisent à longueurs d’articles de journaux pour justifier une performance décevante. Certes, il est possible que ce chaînon manquant oeuvre à une contre-performance, mais le mental ne fait pas tout. Il est simplement un élément du puzzle de la performance.
  • « Les préparateurs mentaux ? Des gourous. » Les préjugés, souvent issus d’une méconnaissance, ont la vie dure. Un préparateur mental ayant reçu une formation sérieuse, qualifiée, avec des formateurs de haut niveau ayant fait leurs preuves, a les mêmes impératifs qu’un psychologue du sport en termes de sérieux, de professionnalisme et déontologie. Il dispose d’un cadre qu’il s’est construit, incluant le principe de confidentialité, l’absence de jugement, et s’il est intéressant de faire preuve de créativité pour stimuler les athlètes et augmenter l’efficience, les techniques employées sont des techniques issues de la psychologie et reposent sur des bases sérieuses et scientifiques.
  • « Grâce à la préparation mentale, votre vie va changer. » Un préparateur mental sérieux ne peut jamais tenir ce genre de discours. Nous sommes ici dans le rayon des fausses promesses qui renvoient au préjugé précédent, qui peut prendre une forme réaliste face à ce genre d’affirmation. Comme tous les champs de la performance, l’amélioration de ses capacités à gérer son mental pour en faire un partenaire de réussite dépend en majorité du travail de l’athlète, de sa volonté de progresser et de son assiduité.
  • « De toute façon ce n’est que de la littérature, ça ne fonctionne pas. » Voici l’autre pan des préjugés sur la préparation mentale. Beaucoup de très grands sportifs – souvent les meilleurs dans leurs disciplines – travaillent ou ont travaillé avec un préparateur mental et ont reconnu avoir tiré de grands bénéfices de ce travail (les joueurs de tennis à l’instar de Novak Djokovic, Andy Murray, Rafael Nadal, ou André Agassi avant eux, ont souvent témoigné à ce sujet. De fait, il s’agit d’un sport où la parole est très libérée en matière de prépa mentale puisque son utilisation fait partie du paysage tennistique). En résumé, la préparation mentale, avec de l’investissement et de la volonté, peut donner de très bons résultats, mais il ne s’agit ni de magie, ni d’un remède à utiliser en temps de crise.
  • « La préparation mentale s’utilise occasionnellement, surtout avant les grands rendez-vous. » À l’approche d’un évènement important, certains athlètes peuvent être tentés de faire appel à un préparateur mental. C’est bien entendu une bonne chose dans l’absolu, mais je suis convaincu que la démarche peut manquer d’efficacité. Pour pouvoir tirer les bénéfices d’un travail sur le mental, du temps est nécessaire, notamment car le choix du travail à mettre en place doit être réfléchi, correspondre parfaitement à l’athlète que l’on accompagne, et demander de s’exercer dans le temps. Même s’il est possible de ressentir rapidement les bienfaits d’une préparation mentale, pour durer dans le temps, l’entretien me semble primordial, et pour être le plus solide possible, cette préparation mentale doit être entamée bien en amont de l’évènement lors duquel nous souhaitons performer.
  • « Le préparateur mental c’est une sorte de psy. » Non, un préparateur mental n’est pas un psychologue. Et un préparateur mental sérieux ne prétendra jamais être capable de faire le travail d’un psychologue. Le préparateur mental est spécialisé dans la préparation mentale de l’évènement afin d’apprendre à gérer des paramètres qui pourraient gêner l’athlète et l’empêcher d’être pleinement acteur de son jeu. Un psychologue du sport applique lui aussi les principes de la préparation mentale lorsqu’il intervient dans ce cadre, mais il peut rentrer également dans des problématiques plus profondes, liées à des enjeux psychologiques qui requièrent une psychothérapie (relations familiales difficiles ayant un impact sur la vie du sportif, tristesse récurrente etc). Un préparateur mental lucide et professionnel est en mesure de savoir où s’arrêtent ses compétences et de d’orienter son client vers un psychologue professionnel (dans les cas de problèmes complexes comme un état dépressif latent, des addictions, ou plus simplement une gène psychologique qui ne passe pas).

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